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Marché : l'agroalimentaire

L'agroalimentaire secteur de résistance

Souffrant d’une demande extérieure amoindrie par la crise (recul de 11,4% des exportations françaises de l’agroalimentaire au 1er semestre 2009), les produits tricolores connaissent toutefois des fortunes différentes sur les marchés internationaux. Alors que la France pèche globalement sur certaines zones comme l’Europe, les Etats-Unis ou la Russie, les échanges se sont en revanche densifiés sur l’Afrique, la Chine ou Singapour.
Dans le même sens, si certains secteurs historiquement forts comme le vin ou la viande sont fragilisés, d’autres, comme les produits haut de gamme ou à “image de France” font toujours recette au Japon et dans les grandes métropoles asiatiques ou d’Europe de l’Est. Enfin, les entreprises françaises ont des cartes à jouer dans le machinisme agricole ou encore l’équipement industriel.


Heureusement, ce n’est pas parce que c’est la crise que les gens arrêtent de manger ». L’optimisme cheville au corps, voilà la réflexion que nous livrait un entrepreneur lors du dernier Salon international de la Restauration de l’Hôtellerie et de l’Alimentation (Sirha) de Lyon, en janvier dernier.

L’agroalimentaire serait-il épargné par la crise ? Pas vraiment. Du moins souffre-t-il moins que certains secteurs touchés de plein fouet comme l’automobile. « Les exportations agroalimentaires font face aux difficultés liées au repli de la demande extérieure » note une étude publiée sur le sujet par Ubifrance (1). Au premier semestre 2009, les exportations agroalimentaires françaises se contractent de 11,4 % (à 21,6 Mds €) tandis que les importations, également en repli, ont atteint 19,4 Mds € : l’excédent est donc divisé par 2, avec 2,2 Mds € pour 2009 contre 4,7 Mds € un an plus tôt.

Ainsi, alors que les exportations ont reculé en direction de l’U.E. (-3,2 Mds € au 1er semestre 2009), mais également des pays tiers tels que les Etats-Unis, le Japon et la Russie, les échanges ont crû sur les marchés africains (Algérie, Egypte,), la Chine (+8,6 %) et Hong-Kong.

Reste que les soldes se dégradent globalement sur tous les produits sauf exception (tabacs), et que des secteurs emblématiques de la France comme le vin (-27,8 %) et les oléagineux (-88%) accusent le coup.


Renforcement des contrôles sanitaires

Depuis 2000, la consommation mondiale de vin ne cesse d’augmenter mais paradoxalement, la France n’a cessé de voir sa part du marché mondial s’étioler : elle ne représente aujourd’hui plus que 17 % des volumes et 34 % de la valeur du marché international contre 25 % des volumes et 51 % de la valeur au début des années 90.
 
Les viandes et produits transformés souffrent également : outre une demande atone, le renforcement des contrôles sanitaires dans certains pays importateurs à l’image de la Russie pénalisent les entreprises françaises. Sans compter un taux de change euro/dollar défavorable aux Européens.

Les produits haut de gamme, innovants et à “image de France” forte tirent leur épingle du jeu et bénéficient d’opportunités sur des créneaux de niche dans certaines métropoles asiatiques (Singapour, Hong Kong), états-uniennes ou d’Europe de l’Est.


En Ukraine, près de 80 % de machines agricoles obsolètes

La France a également des cartes à jouer dans le machinisme agricole où les besoins en renouvellement sont très forts : en Ukraine, près de 80 % des machines agricoles sont considérées comme obsolètes. Selon le rapport, « les entreprises françaises pourraient bénéficier, à court terme, d’investissements de l’ordre de 1,38 Md à 2,3 Mds €, destinés au renouvellement des équipements agricoles. (…) Outre les marchés traditionnels comme l’Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis où la démarche individuelle s’avère la plus adaptée, l’accent doit être mis sur les destinations en phase de rattrapage ou de mutation agricole, et pour lesquelles une démarche collective, utilisant l’image France s’avère gagnante.  La privatisation du secteur agricole d’un pays, la mise en place de financements d’Etat pour une mise à niveau du secteur agricole et la spécialisation des structures font partie des facteurs porteurs pour les exportateurs français de matériel agricole ».

En Russie, penser “démarche collective”

Dans l’équipement industriel, l’Italie reste le 1er client et le 1er fournisseur de la France suivie par l’Allemagne. L’élargissement de l’Union Européenne à de nouveaux pays ouvre de nombreux marchés : la modernisation nécessaire des équipements de ces entrants pour être en conformité aux normes européennes entraîne une très forte demande d’investissements de ces pays. Alors que la Russie est « une destination incontournable » sur laquelle « la démarche collective est indispensable », que la Chine et la Thaïlande restent des marchés porteurs, l’Inde quant à elle garde un « gros potentiel » où la France achoppe pourtant face à la concurrence. Dans le pourtour méditerranéen, « la Turquie occupe toujours une place trop modeste ».

C. Guiral
(1) Où exporter pendant la crise ? Étude réalisée par les experts du réseau agroalimentaire d’Ubifrance publiée le 1er septembre 2009-10-15
www.ubifrance.fr