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Spécial SITL Europe 2010

Transport & logistique 2010 la reprise ?

2010 sera-t-elle l’année de la reprise dans les métiers du transport et de la logistique ?  Au regard des prévisions de croissance annoncée pour l’économie mondiale cette année (+3,9% selon le FMI), on peut penser que oui. Quand les usines se remettent à fonctionner, le transport international, courroie de transmission entre la demande et l’offre mondiales de biens et services, se remet lui aussi en marche.

A en croire les organisateurs de la Semaine internationale du Transport et de la Logistique (SITL Europe), l’événement référence où se croisent l’offre et la demande en matière de transport et de logistique, le cru 2010 s’annonce sous les meilleurs auspices. « Nous aurons au total près de 800 exposants, soit plus 15% par rapport à 2008, sur 15 000m2 de surface, soit deux fois plus qu’en 2009, année particulièrement morose pour le secteur en général » résume Laurent Noël, directeur du salon, chez Reed Exposition France qui se veut donc « très optimiste » pour ce grand rendez-vous annuel dont la thématique centrale est « nouvelle donne mondiale, quelle réponse logistique ? ». SITL Europe 2010 rassemblera (presque) tous les acteurs du marché. On notera toutefois l’absence des compagnies aériennes (Air France) et des grands intégrateurs (UPS, Fedex, DHL…) tandis que CMA CGM sera la seule compagnie maritime représentée.

Plus vite, plus propre, plus compétitif, plus de services

« Tous les acteurs doivent se préparer à la reprise » commente Vincent Gaide, du département transport / logistique chez PricewaterhouseCoopers Audit, « ils doivent tenir compte des aspects irréversibles nés de la crise et du changement des comportements à partir desquels il va falloir s’adapter et rebâtir de nouvelles stratégies dans une organisation mondiale du commerce complexe ».

L’éloignement des lieux de production et une demande de mise en consommation toujours plus rapide impliquent la mise en place de nouvelles réponses logistiques, « des organisations supply chain flexibles et réactives alors qu’au même moment, le recours au fret aérien est rendu plus difficile par la pression sur les prix et les enjeux environnementaux ».
Dans le sillon du Grenelle de l’environnement et du sommet de Copenhague, les exigences de développement durable font désormais partie intégrante des relations contractuelles. « Je ne connais pas un directeur transport/logistique des entreprises du CAC 40 qui n’a pas un objectif clair en matière de développement durable » assure L. Noël. Un exemple parmi d’autres : l’aménageur Barjane a récemment obtenu la certification ISO 14001 pour son système de management environnemental (SME) sur le parc des Bréguières (83).

L’enquête menée par l’AFT-IFTIM au mois de janvier auprès de 555 entreprises relève une banalisation des spécifications environnementales dans les cahiers des charges des donneurs d’ordre. Par ailleurs, les formations qualité et développement durable ont le vent en poupe pour le personnel d’encadrement. Cette nouvelle donne s’illustre également au niveau des projets d’infrastructures donnant la part belle à l’intermodalité et aux modes alternatifs à la route : fleuve (Canal Seine Nord Europe), autoroutes de la mer, ferroviaire (projet Carex de fret à grande vitesse), ou encore la création des “Pme ferroviaires” avec les Opérateurs ferroviaires de proximité (OFP).
 
Dans ce nouvel environnement, 2010 sera-t-elle vraiment l’année du retour à la croissance pour l’ensemble de la filière ? Pas sûr ! Dominique di Bello, président de TLF Rhône-Alpes se montre très inquiet pour la filière routière : « cette année sera très dure pour les transporteurs routiers. Beaucoup ont fait le dos rond en 2009 et ne pourront pas survivre à une deuxième année de crise. Le nombre de défaillances risque de grimper en flèche. Arrêtons de tirer sur la corde et de tirer les prix toujours au plus bas. Il faut vendre le transport à son juste prix ! ».
La “prime à la relocalisation” impactera-t-elle les schémas logistiques ?

Même s’il est encore trop tôt pour parler de phénomène de masse (ou de phénomène tout court !), la relocalisation est de plus en plus dans l’air du temps. La mauvaise prise en compte du coût complet ou coût rendu des entreprises qui avaient fait le choix de la délocalisation conduit certaines d’entre elles à reconsidérer leurs schémas d’approvisionnement sur des destinations plus proches, comme l’Europe de l’Est.

La volonté politique de relancer le “made in France” (suppression de la taxe professionnelle, incitation des constructeurs automobiles à produire en France, promotion de la marque France…) traduite dans l’annonce présidentielle du 4 mars dernier de débloquer 200 millions d’euros de “prime à la relocalisation” (sous forme d’avances remboursables pour des ETI qui investiront un minimum de 5 millions d’euros et créeront 25 emplois) va-t-elle amorcer le début d’une vague de retour au pays ? Pour l’heure, certaines entreprises réfléchissent à cette éventualité, sans toutefois passer à l’acte.

« En import maritime d’Asie, le taux de fret a doublé depuis un an. Même à 4000 USD pour un conteneur 20 pieds, le coût du transport ne remet pas en cause les gains d’une production en Chine » analyse Dominique Di Bello, en tant (cette fois) que membre du directoire du commissionnaire de transport Lyseo (anciennement SLMN).

Solutions innovantes, anticipation des besoins

Quoi qu’il en soit, les professionnels du transport et de la logistique européenne semblent vouloir reprendre du “poil de la bête”. « La plupart des acteurs veulent de nouveau occuper le terrain et nombreux sont ceux qui anticipent les besoins de leurs clientèles. Ainsi, les innovations n’ont jamais été aussi importantes » note L. Noël, « nous avons reçu 68 projets contre 40 dossiers en 2008 pour nos trophées de l’innovation. Elles concernent tous les segments : transport et logistique, produit, organisation innovante entre un chargeur et son prestataire, développement durable, sites logistiques…»

Même les Pme innovent à l’image des transports Deret qui réalisent les livraisons urbaines de leur client Sephora (plus de 250  points de vente en France) avec des camions électriques. Zéro émission Co2 garanti ! De toutes parts, prestataires comme chargeurs réfléchissent aux nouveaux schémas à adopter comme le développement collaboratif avec gestion mutualisée des approvisionnements (GMA) sur le modèle HECORE. En 2006, les “blanchisseurs” Henkel, Colgate et Reckitt-Benckiser ont décidé de confier leur logistique commune à Kuehne + Nagel. Cette année, les organisateurs de la SITL ont invité 100 grands acheteurs industriels porteurs de projets qui bénéficieront de rendez-vous BtoB avec les prestataires exposants.

Traçabilité et OEA

Automatisation des entrepôts, traçabilité des flux et sécurisation de la chaîne logistique (cf nouvelle réglementation ICS) figurent en première ligne des nouvelles exigences du marché. « La demande en matière de système d’information et de traçabilité est très forte, raison pour laquelle nous organisons conjointement à la SITL le salon RFID » explique L. Noël. Durant tout l’événement, des entreprises de premier ordre (LVMH, Pepsi, Dior, Carrefour, Danone, Touax…) témoigneront de leurs expériences. Mais c’est sans doute aujourd’hui le statut d’Opérateur économique agréé (OEA) qui suscite toutes les attentions. L’OEA apparaît en effet comme un passage obligé pour les prestataires… comme pour les industriels !

Tous les grands groupes français ont engagé une démarche dans ce sens. Ce statut est en train de s’imposer aux opérateurs comme s’est imposée la norme ISO il y a une quinzaine d’années. Aujourd’hui, de plus en plus d’appels d’offre comportent cette exigence sécuritaire. Les prestataires qui n’ont pas le statut risquent de perdre des marchés. « L’obtention du statut ne rapportera pas de nouveaux clients à l’entreprise, en revanche, elle peut lui permettre de ne pas en perdre » explique Marc Tertrais, directeur international des affaires douanières chez Areva.
Sylvain Etaix