Marché : Inde
L'Inde, la super puissance montante face à la Chine
En pleine transformation, l'Inde avait déjà franchi le cap du milliard d'habitants en 2000 et devrait dépasser la Chine en 2030. On ne peut nier les grands défis créateurs de tensions d'un pays longtemps fermé aux échanges mondiaux que sont les inégalités régionales et la pauvreté de masse, mais la mondialisation des services pour lesquels le pays dispose d'une main d'œuvre abondante et qualifiée et ses grands centres tertiaires en plein développement, va le propulser très vite sur la scène internationale.
C'est à son retour en Europe en 2007 après de passionnantes expériences vécues dans les missions économiques à l'étranger, tout particulièrement dans les pays de l'Est, la Chine et en Inde que Jean-Joseph Boillot (photo), économiste et expert, fonde l'Euro-India Club (EIEBG) dont il est co-président avec Philippe Humbert, ex directeur international de Safran qui apporte le point de vue de l'industriel.
Le réseau regroupe déjà plus de 10 000 personnes !
Il y a maintenant 8 clubs en Inde qui, avec une règle simple d'égalité des nationalités (2 Européens pour 2 Indiens) et le souci de la parité Hommes/Femmes, fonctionnent sur un business model très simple : les rencontres et le partage à l'occasion d'événements de qualité organisés par les membres du réseau. « Evidemment » précise J.-J. Boillot « notre souci éthique nous pousse à faire de la veille et à évaluer le sérieux des personnes qui nous sont présentées. Les Indiens sont en pleine phase de recherche de contacts européens et les partenariats se nouent rapidement du moment que les interlocuteurs sont préalablement qualifiés. Ils aiment Paris et la France, mais ils n'étaient pas particulièrement attirés par des relations d'affaires avec les Français jusqu'à récemment. Il faut dire que vu du continent indien, la France est si petite ! »
Chercheur associé au CEPII, J.-J. Boillot avoue qu'il a passé plus de temps en Inde qu'en France. Ayant visité de nombreuses entreprises en Inde, il a pu détecter quelles étaient les sources de réussite pour les Français. « En tout premier lieu, il faut comprendre le concept du temps dans l'inconscient indien. Les Indiens ont une demande holistique : ils ne séparent pas le business de la culture. Ayant aussi beaucoup voyagé en Chine, j'utilise la dualité Chine-Inde comme un face à face Yin-Yang pour bien faire comprendre comment s'immerger dans le monde indien et construire des relations de confiance. C'est le message que nous faisons passer à l'Euro-India Club. Cette approche comparative entre les deux géants asiatiques s'avère très percutante. Grâce à la dynamique du réseau, nous avons des intervenants de haut niveau comme Soumitra Dutta, l'ancien Doyen de l'Insead, grand spécialiste du management inter-culturel, il va notamment ouvrir le séminaire préparé en partenariat avec le club du CEPII sur les business models indien et chinois le 24 mars prochain ». Jean Joseph Boillot remarque que nous Européens, qui ne sommes pas pragmatiques, nous avons encore, de l'Inde, l'image d'un pays très pauvre. Or cette année, la croissance indienne devrait être supérieure à la croissance chinoise. « Ils sont dans une phase d'accélération ».
L'Inde a les moyens de décoller pour 3 raisons principales :
- des institutions stables sur les plans économique et politique, et un consensus très fort pour accélérer la croissance.
- L'Inde a des entrepreneurs de premier plan qu'elle mobilise complètement depuis sa libéralisation économique des années 1980-90. Sur le plan de la qualité managériale, elle arrive probablement en tête du monde avec ses castes d'affaires. Ces vieilles lignées familiales envoient aujourd'hui leurs enfants se former dans les meilleures universités du monde. Ceci alors que la Chine ne peut pas se targuer d'avoir des modèles de vrais entrepreneurs sauf à Hong Kong ou à Taïwan… « Et il y a des millions d'entrepreneurs en Inde… » s'enthousiasme le co-président de l'Euro India Club.
- Enfin, le tournant actuel est la montée incroyable des investissements indiens qui atteignent 38 % du PIB, un niveau quasiment chinois mais sans que cela vienne d'en haut, de l'état. Les Indiens épargnent parce qu'ils ont confiance dans l'avenir… Et notamment dans le capital humain.
Si l'Inde n'est pas l'usine du monde, elle sera le bureau du monde
En Inde on n'aime pas copier, on est extrêmement individualiste. Il y a très peu de cas de copies. Ce n'est pas le cas de la Chine où la copie fait partie de la culture, appartient à l'éducation, à la formation intellectuelle. Bien sûr, l'Inde n'est pas un modèle d'état de droit, mais attention, les entrepreneurs indiens sont excellents et très professionnels. Leurs Instituts de technologie (IIT) ou de management (IIM) comptent parmi les meilleures écoles du monde.
Une Pme doit avoir une stratégie d'implantation
Le pays a le génie de trouver des solutions, ce qu'on appelle là-bas Jugaad, du nom de drôles de véhicules de transport complètement bricolés en fonction des contraintes locales de routes ou de carburant. « Les infrastructures de transport ou d'énergie sont détestables ? Alors on contourne le problème en développant les réseaux informatiques et de télécoms et en ayant l'industrie de services la plus efficace du monde. Ce qui a son tour permet à l'industrie indienne de rebondir puisqu'elle figure parmi les dix premières mondiales désormais. N'oublions pas que dans le domaine de l'énergie, elle a été le premier pays à généraliser les ampoules à basse tension. De plus, à la différence de la Chine, l'Inde produit essentiellement pour son marché intérieur, d'où le royaume des innovations dites “frugales” comme la voiture Nano. Il est donc certainement plus difficile pour une entreprise européenne de miser sur l'exportation de produits finis vers l'Inde, et il faut au contraire avoir des stratégies d'implantation ».
Or les Pme ont la chance de pouvoir trouver facilement de vrais partenaires en Inde où il y a des millions d'entrepreneurs. « C'est une économie faite pour les Pme, les jeunes étudiants qui font des stages dans le pays l'ont bien compris. La clef de la réussite est dans le réseau de relations » insiste Jean Joseph Boillot qui peut en témoigner dans la pratique, en voyant le fourmillement d'opportunités générées par les réunions et les contacts de l'Euro-India Club.
Nicole Hoffmeister
Jugaad, véhicules de transport bricolés en fonction des contraintes locales de routes ou de carburant.







