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La tribune du commerce international

Interview

Olivier Ginon, Pdg de GL Events : “Les gens auront toujours besoin de se rassembler”


Olivier Ginon

 Vous êtes un témoin de l’activité événementielle dans le monde. Ce secteur a-t-il bien résisté à la crise en 2011? Quelles sont les perspectives pour 2012 ?

Olivier Ginon : « L’événementiel concerne beaucoup d’activités : hôtelière, activité catering & gastronomique, manifestations corporate, sportive, culturelle, économique, politique. Notre slogan chez GL Events est de faire en sorte que les hommes et les femmes se rencontrent dans le monde et leur donner les moyens physiques et techniques de le faire. Avec la mondialisation et la crise économique, les gens se rassemblent plus. C’est donc plus de budget pour les professionnels du secteur. Crise ou pas, il y a toujours de l’événementiel, pas forcément dans les mêmes filières mais les gens continuent de se réunir. C’est le côté positif. Mais les investissements sont de plus en plus importants pour permettre des réunions publiques. Les villes veulent toutes s’équiper en capacité de réception, les coûts d’équipements sont de plus en plus importants. La compétition de destination est très forte. Les villes sont portées par les pays en développement, par les grands événements qu’elles accueillent mais aussi par l’actualité politique, économique et financière. Aujourd’hui, on organise moins d’événements à Athènes, qu’à Shanghai ou à Rio. En période de crise, la réactivité des dirigeants politique comme des chefs d’entreprise est importante. La France a eu une image plutôt positive dans la crise internationale ».

 Dans cet environnement, GL Events, s’en sort très bien !

O. G : « Notre groupe est toujours en croissance. On avait annoncé en juin une croissance de +5% pour la fin de l’année, avec un chiffre d’affaires de 770 millions d’euros, nous serons au-delà de nos objectifs. Nous réalisons près de la moitié de notre CA à l’international. Mais ce n’est pas pour cela que l’on gagne plus d’argent. La compétition est plus difficile et des pays à risque coûtent chers. Il faut faire attention à cet équilibre. Aujourd’hui, la Hongrie nous coûte très cher. En Espagne, on maintient nos activités, le business en Italie est difficile mais je ne suis pas inquiet. J’ai confiance en la capacité de rebond des Italiens. L’Italie, l’Espagne et l’Allemagne ont un tissu de Pme très important, plus qu’en France. En France, nous avons des petites et des grandes entreprises mais pas beaucoup d’entreprises de moyenne taille. Une entreprise comme GL Events est soit trop grosse, soit trop petite. C’est le problème de la France de ces 40 dernières années, elle n’a pas su aider son tissu de moyennes entreprises ».

 La crise a aussi été l’occasion de réorganiser vos activités…qu’en retirez-vous aujourd’hui ?

O. G : « Nous n’avons pas profité de la crise pour procéder à cette réorganisation . Nous voulions simplement mieux nous structurer en interne pour répondre au marché. Cette organisation en trois grands pôles nous permet de gagner en clarté dans nos décisions d’investissement. GL Events Live couvre l’ensemble des métiers de l’événementiel corporate, institutionnel, et sportif. Son objectif : apporter de solutions événementielles clefs en mains aux grands donneurs d’ordre mondiaux d’événements. GL Events Exhibitions, pilote et anime les 250 salons propriétaires du groupe. GL Events Venues est spécialisée dans la gestion d’espaces ».

 Quels sont les métiers qui tirent le plus la croissance ?

O.G : « Notre entreprise fait de la croissance car nous actionnons toutes les portes d’entrée de notre métier. Lorsque nous prenons un parc d’exposition, nous avons la possibilité d’organiser des manifestations en développant nombre de services complémentaires et ainsi de suite ».

 GL Events a réalisé de nombreuses croissances externes dont la dernière en date en Turquie. Expliquez-nous.

O.G : « Oui, en Turquie, par exemple, nous avons réalisé à la fois de la croissance interne et de la croissance externe. En croissance interne, nous avons remporté la concession pour 20 ans du palais des Congrès d’Ankara. Nous avons aussi un lieu événementiel qui appartient à une fondation que nous gérons à Istanbul. Nous venons de racheter Serenas, le principal organisateur de congrès en Turquie. Je crois beaucoup à deux pays, le Brésil et la Turquie. Il y a beaucoup de fausses idées sur la Turquie, on dit que les Français ne sont pas appréciés. C’est faux, Il faut aller au fond de la relation. J’ai mis 5 ans pour y arriver. Ce qui coûte une fortune aux Pme, c’est le temps nécessaire pour pénétrer les marchés internationaux ».

 Croyez-vous au portage de Pme à l’international par de grands groupes ?

O. G : (silence) « Non. En revanche, je remarque que depuis une dizaine d’années, il y a une volonté très forte du quai d’Orsay d’accompagner les entreprises à l’international. C’est plutôt une bonne nouvelle. Tous nos compétiteurs étrangers se servent de leurs représentations consulaires et diplomatiques à l’étranger. Il y a dix ans, les entreprises françaises n’avaient pas ou très peu accès aux Ambassades. Aujourd’hui, on nous reçoit. Il y a trois jours, j’ai appelé l’Ambassadeur français au Brésil. Il m’a rappelé. Les petites et moyennes entreprises ont besoin qu’on réponde à leurs questions. Quand j’étais jeune, l’export se résumaient surtout aux Airbus et aux centrales nucléaires, on ne parlait pas des moyennes entreprises. Depuis quelques années, c’est le cas, et c’est très bien ! »

 La coupe du monde de football en Afrique du Sud a été un très gros contrat pour GL Events, quel bilan tirez-vous de la récente Coupe du Monde de rugby en Nouvelle-Zélande ?

O.G : « L’Afrique du Sud a été magnifique (35 millions d’euros). D’un point de vue financier, la coupe du monde de rugby a été un plus petit contrat pour nous. Mais au niveau technique, c’était un sacré challenge. Nous avons augmenté la capacité de l'Eden Park de 15 000 places en construisant des structures de 30 mètres de haut. Technologiquement c’était un très beau contrat. Tout ça, de l’autre côté du monde, c’était un beau pari après les JO de Sidney. En Nouvelle-Zélande, on vient de remporter un nouveau contrat pour l’aménagement d’un stade provisoire  dans la ville de Christchurch. L’esprit rugby nous intéresse, il s’agit d’un sport en voie de professionnalisation, il y a beaucoup à faire dans ce sport ».

 Vous êtes partenaires des grands événements sportifs depuis longtemps. Comment se présentent les JO de Londres ?

O. G : « On était mal engagés, mais on s’est bien rattrapés. Les contrats sont signés avec le Comité international Olympique, pour un  montant de 29 millions d'euros. J’ai 350 salariés en Angleterre. Les Britanniques sont fidèles, travailleurs mais il faut se montrer professionnel. Une fois franchie la première marche, ce sont des gens avec qui il est agréable de travailler ».
 

 Et le Brésil ?

O.G : « Enorme ! Rio est au cœur de l’événementiel de ces 5 prochaines années. On ne pouvait pas mieux tomber. C’est une chance magnifique mais il a fallu la provoquer. Nous y sommes depuis 2006. Au départ, la ville de Rio ne pouvait pas financer l’organisation des Panamerican Games, et cherchait un partenaire pour investir 20 millions d’euros dans la réhabilitation et l’aménagement en structures non permanentes de leur site en échange de la concession de leur parc d’exposition pour une durée de 50 ans. Nous avons fait ce pari un peu fou. Aujourd’hui nous avons 200 personnes au sein de notre filiale brésilienne. Nous avons réalisé 47 millions de chiffre d’affaires en 2011, nous en ferons 60 en 2012 et 150 en 2013. 35 % des prochains Jeux Olympiques vont se passer chez nous. Nous allons construire un hôtel et 10 000 m2 d’équipements. Pour le salon du livre de Rio, nous avons accueilli plus d'un million de visiteurs ! Dans quelques années, nous aurons quatre ou cinq Français expatriés sur place pour 400 ou 500 personnes. Les Brésiliens savent faire la fête, mais ils sont aussi très travailleurs. Nous avons tous été impressionnés par nos équipes au Brésil ».

Propos recueillis par Sylvain Etaix

Pour GL Events, l'avenir est brésilien

Chaque fois qu’il se rend au Brésil, Olivier Ginon enfourche son vélo pour gravir les 1200 mètres de dénivelés qui le conduisent au Corcovado, au pied de la statut du Christo Redentor qui surplombe la baie de Rio. Une ascension qui n’a d’équivalent que celle de son business au Brésil : 47 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2011, 60 en 2012, 150 en 2013 !

Présent depuis 2006 au Brésil, le groupe événementiel est plus que jamais positionné  sur les prochains grands événements  mondiaux. Sommet de la Terre Rio 2012 (Olivier Ginon a signé fin décembre un contrat avec le Rio Centro où se déroulera ce sommet en juin 2012), Coupe du monde de football 2014, Jeux Olympiques de 2016 : Rio sera la ville hôte des grands événements planétaires de ces 5 prochaines années.

L’intelligence d’Olivier Ginon et de sa “tête chercheuse” en la personne de François Régis Picolet, « défricheur des marchés de demain » a été de se positionner bien en amont sur ces grands événements. Une stratégie payante. C’est à l’occasion d’une conférence sur l’interculturel au Brésil organisée par l’IAE de l’Université Lyon 3 le 7 décembre dernier que cet autodidacte au caractère bien trempé a répondu à nos questions. Une semaine plus tard, celui qui dirige un groupe de 3500 personnes (10 000 emplois indirects) présent dans 20 pays et 90 villes retournait à Rio. 
S.E