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À la Une : Émirats Arabes Unis

Dossier réalisé par notre envoyée spéciale Ariane Puccini

E.A.U. un marché exigeant et sophistiqué

« La France exporte 3,5 milliards d'euros aux Emirats Arabes Unis, notre troisième solde excédentaire » explique François Sporrer, directeur à Ubifrance pour la zone “EAU”. Découverte de cette confédération de pays, très cosmopolite et porte d'entrée vers la zone MENA.

De quelle manière la France est-elle présente aux Emirats Arabes Unis ?

François Sporrer : « Les relations sont fortes entre les Emirats Arabes Unis (EAU) et la France. Dès la fondation de la fédération en 1971, et voulant échapper à la logique de la guerre froide, les EAU ont choisi la France comme allié stratégique. Aujourd’hui, il y a entre 350 à 400 entreprises françaises implantées. Parmi celles-ci, aussi bien des entreprises venues prospecter ce marché mais beaucoup ont une vocation régionale. Les grands groupes français se sont installés en premier. Parmi eux, ceux du secteur de l’énergie, de la défense-sécurité et de l’aéronautique. Puis, quand les EAU se sont dotés d’infrastructures, des entreprises issues de l’environnement, spécialisées dans le tri des déchets, ou dans l’automobile sont arrivées. Les Pme se sont implantées dans un deuxième temps, dans le sillage de grands groupes, et grâce au développement de Dubaï comme plateforme de shopping, de tourisme. Aujourd’hui, on compte assez peu d’implantations industrielles, on y trouve surtout des implantations commerciales ».

La crise de 2008 a-t-elle eu des répercussions sur la présence française aux Emirats Arabes Unis ?

F. S. : « La crise de 2008-2009 a marqué un coup d’arrêt assez brutal dans différents grands projets immobiliers ou dans celui du tramway de Dubaï, qui a été relancé en avril 2011. En même temps, il y a eu une crise globale. Dubaï étant une plateforme de commerce global (entre 40 et 50% de ce qui rentre à Dubaï est réexporté vers des pays tiers), l’économie locale a souffert de ce ralentissement. Pour autant, la présence française n’a pas cessé de croître. Nous avons seulement constaté qu’une réduction du nombre de VIE, de 150 avant la crise à moins de 130. Aujourd’hui leur nombre a retrouvé son niveau d’avant la crise ».

L’application de la charia aux EAU ne barre-t-elle pas la route à certains produits ?

F. S. : « On est dans un pays musulman tolérant. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, on peut tout y vendre. En 2010, la France exportait aux EAU près de 90 Millions d’euros de vin et de champagne vendus aux expatriés et aux clients de la cinquantaine d’hôtels 5 étoiles de Dubaï, où la vente d’alcool est autorisée. C’est l’intérêt de ce marché : petit avec 8 millions d’habitants mais cosmopolite avec 85% d’étrangers et renforcé par l’afflux annuel de 10 millions de touristes (parmi lesquels un nombre croissant de russes et de chinois). Dans certains supermarchés, on trouve même du porc. L’alcool est aussi vendu dans des magasins spécialisés ».

Pour autant, est-ce un marché si facile ?

F. S. : « Le marché est très concurrentiel et attise les convoitises. On peut y vendre sans brader son produit mais sans abuser non plus : les clients de produits de luxe voyagent et savent les prix pratiqués ailleurs. Pour les produits de base, il faut être compétitif mais on l’est rarement face à la concurrence asiatique. En revanche, plus le contenu technologique est innovant ou plus le produit bénéficie d’une image prestigieuse, plus le produit a sa chance. Plus généralement, il ne faut pas arriver avec la fleur au fusil mais avec un discours commercial sophistiqué ».

Quels sont les secteurs porteurs pour les entreprises françaises ?

F. S. : « Le secteur pétrolier reste important car des gisements sont encore découverts. En termes d’équipements publics, il reste des choses à faire pour la gestion des déchets et le traitement des eaux (potable et usées). Abou Dhabi qui souhaite diversifier son économie veut attirer des industries innovantes : aéronautique, énergies renouvelables, biotechnologie, nanotechnologie, santé… Un fonds souverain, Mubadala, a été créé à cet effet.  En partenariat avec EADS il a inauguré l’usine Strata, qui fabrique des éléments aéronautiques en composite livrés à Airbus. Abou Dhabi veut à terme développer un pôle de compétitivité à Al-Ain dédié à l’aéronautique et qui regrouperait des entreprises de formation, production et maintenance dans le secteur ».

Quel rôle jouent les EAU dans la région  ?

F. S. : « Avec le port de Jebel Ali (au Sud de Dubaï) et son aéroport international, Dubaï est devenu un « hub » logistique et commercial dans la région. Ici, toutes les banques du monde sont présentes pour accompagner leurs clients, les infrastructures télécom sont performantes, et les Émirats offrent un cadre de vie agréable pour les expatriés. Dubaï est une base logistique pour travailler avec les marchés du Proche et Moyen orient, de l’Afrique de l’Est, de tout le sous-continent indien, du Pakistan et de l’Iran. Le futur aéroport Maktoum de Dubaï accentuera le phénomène, et devrait pouvoir accueillir à terme 100 millions de passagers par an. Il communiquera avec le port de Jebel Ali par un corridor sous douane. Une exception : l’Arabie Saoudite. Il ne suffit pas d’être implanté aux EAU pour conquérir ce marché ».

Les Émirats Arabes Unis vont-ils se heurter au développement du Qatar ?

F. S. : « Doha est en train de bâtir un aéroport moderne et veut construire un grand port de commerce, Qatar Airways se développe à marche forcée… : le Qatar veut clairement concurrencer Dubaï. Y arrivera-t-il ? Je n’en suis pas persuadé. Je pense qu’il n’y a pas de place pour deux super hubs mondiaux dans la région. Dubaï a vingt ans d’avance, et une image forte malgré la crise de 2008-2009. L’avantage comparatif de Qatar est qu’ils détiennent les premières réserves de gaz de la planète et qu’ils disposent de ce fait de liquidités quasi illimitées ».

Propos recueillis par Ariane Puccini